La vocation
La vocation est la pensée providentielle du Créateur sur chaque créature, elle est son idée-projet, comme un rêve qui tient à coeur à Dieu parce que la créature lui tient à coeur. Dieu le Père veut qu'elle soit différente et spécifique pour chaque vivant.
L'être humain, en effet, est " appelé " à la vie et, quand il vient à la vie, il porte et retrouve en lui l'image de Celui qui l'a appelé.
La vocation est la proposition divine pour se réaliser selon cette image; elle est unique et singulière précisément parce que cette image est inépuisable. Chaque créature dit et est appelée à exprimer un aspect particulier de la pensée de Dieu. C'est là qu'elle trouve son nom et son identité, qu'elle affirme et qu'elle met en sécurité sa liberté et son originalité.
Donc, si chaque être humain possède sa propre vocation dès le moment de sa naissance, il existe dans l'Eglise et dans le monde différentes vocations qui, sur le plan théologique, expriment la ressemblance divine imprimée dans l'homme et, au niveau pastoral et ecclésial, répondent aux diverses exigences de l'évangélisation, en enrichissant la dynamique et la communion ecclésiales: " L'Eglise particulière est comme un jardin fleuri, possédant une grande variété de dons et de charismes, de mouvements et de ministères. D'où l'importance du témoignage de la communion entre eux, en laissant de côté tout esprit de 'concurrence' ".
Le Saint-Père, souhaite que l'attention patiente et constante de la communauté chrétienne au mystère de l'appel divin entraîne une " nouvelle culture des vocations chez les jeunes et dans les familles ". Ce sont les petites réponses au quotidien qui provoquent les grandes décisions, comme celle de la foi, ou qui créent une culture, comme celle des vocations.
Le malaise qui traverse le monde des jeunes révèle des questions pressantes sur le sens de l'existence, confirmant ainsi que rien ni personne ne peut étouffer la question du sens et le désir de vérité. Pour beaucoup, c'est le terrain sur lequel se joue la recherche de vocation. Et, si demande et désir sont au coeur de chaque homme, même de ceux qui les nient, alors cette culture pourrait devenir une sorte de terrain commun où la conscience croyante rencontre la conscience laïque et se confronte à elle. Elle lui donnera, avec générosité et transparence, cette sagesse qu'elle a reçue d'en haut.
La pastorale des vocations apparaît comme l'expression stable et cohérente de la maternité de l'Eglise, ouverte au plan de Dieu, que nul ne peut arrêter et qui engendre toujours la vie en elle. L'activité vocationnelle nait de l'espérance chrétienne, qui naît de la foi et qui est projetée vers la nouveauté et le futur de Dieu.
Seul celui qui est animé de la certitude qu'il existe en chaque personne - sans exclusion - un don original de Dieu qui attend d'être découvert peut faire une bonne pastorale des vocations. Notre but est le service à rendre à la personne, afin qu'elle sache discerner le projet de Dieu sur sa vie pour l'édification de l'Eglise et qu'elle se reconnaisse en lui et réalise sa propre vérité. Le Seigneur continue à appeler dans chaque Eglise et en tout lieu.
Une éducation à la vocation doit s'inspirer de la sagesse d'une méthode éprouvée d'accompagnement, pour pouvoir apporter une aide appropriée à ceux qui sont en recherche et l'animateur des vocations devrait devenir toujours plus un éducateur de foi et formateur de vocations et l'animation sacerdotale devenir toujours plus une action collective, de toute la communauté, religieuse ou paroissiale, de tout l'institut ou de tout le diocèse, de tout prêtre ou de toute personne consacrée ou croyante, et pour toutes les vocations dans chaque phase de la vie.
" Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c'est le même Esprit; diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur; diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous " (1 Co 12, 4-6).
" La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux " (Mt 9, 37). Face à la moisson du Royaume de Dieu les " ouvriers " sont et seront peu nombreux, " petit troupeau et grande mission ".
Toute vocation porte en elle les traits caractéristiques des trois Personnes de la communion trinitaire. Les personnes divines sont source et modèle de tout appel. Bien plus, la Trinité, en elle-même, est un entrelacement mystérieux d'appels et de réponses. Ce n'est que là, à l'intérieur de ce dialogue ininterrompu, que chaque vivant retrouve non seulement ses racines, mais aussi son destin et son avenir, ce qu'il est appelé à être et à devenir, dans la vérité et la liberté, dans le concret de son histoire. " A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun " (1 Co 12, 7).
La communauté ecclésiale est, d'une part, enveloppée par le mystère de Dieu, elle en est l'icône visible et, d'autre part, elle est totalement impliquée dans l'histoire de l'homme dans le monde, en état d'exode, vers les " cieux nouveaux ". Dans l'" appel créateur ", l'homme apparaît immédiatement dans toute la force de sa dignité en tant que sujet appelé à la relation avec Dieu, à être devant lui, avec les autres, dans le monde, avec un visage qui reflète les oeuvres divines: " Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance " (Gn 1, 26).
Si le Père est l'éternelle source de vie, la gratuité totale, la source éternelle de l'existence et de l'amour, l'homme est appelé, à la mesure de son être, mesure petite et limitée, à être comme lui; il est donc appelé à " donner la vie ", à prendre en charge la vie d'un autre. Alors l'acte créateur du Père est ce qui permet de prendre conscience que la vie est consignée à la liberté de l'homme appelé à donner une réponse tout à fait personnelle et originale, responsable et pleine de gratitude.
Il faut une conscience mûre, une certaine formation spirituelle, pour percevoir que la vie de chacun, dans tous les cas et avant tout autre choix, est amour reçu et qu'en conséquence un projet de vocation est déjà caché dans cet amour. Le simple fait d'exister devrait avant tout nous émerveiller et nous remplir d'une immense gratitude envers Celui qui, d'une façon entièrement gratuite, nous a tirés du néant en prononçant notre nom. Dès lors la perception que la vie est un don ne devrait pas seulement susciter une attitude de reconnaissance, mais elle devrait lentement suggérer la première grande réponse à la demande fondamentale de sens: la vie est le chef-d'oeuvre de l'amour créateur de Dieu et est en soi un appel à aimer: don reçu qui tend par nature à devenir bien donné.
Dieu a tant aimé l'homme qu'il lui a donné sa propre vie et l'a rendu capable de vivre et d'aimer à la manière divine. C'est dans cet excès d'amour, l'amour du commencement, que l'homme trouve sa vocation radicale, qui est " vocation sainte " (2 Tm 1, 9), et découvre son identité unique qui le rend immédiatement semblable à Dieu, " à l'image du Saint " qui l'a aimé (1 P 1, 15). " En créant l'humanité de l'homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l'être - commente JeanPaul II - Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l'amour et à la communion. L'amour est donc la vocation fondamentale et innée de tout être humain ". Grâce à cet amour qui l'a créé, personne ne peut se sentir " superflu ", car chacun est appelé à répondre selon un projet de Dieu pensé expressément pour lui.
L'homme sera donc heureux et pleinement réalisé en étant à sa place, en accueillant la proposition éducative de Dieu, avec toute la crainte qu'une telle intention suscite dans un coeur de chair. Dieu créateur qui donne la vie est également le Père qui " éduque ", qui tire du néant ce qui n'est pas encore pour le faire être; il tire du coeur de l'homme ce qu'il y a placé, afin qu'il soit pleinement lui-même, et ce qu'il l'a appelé à être, à sa manière. D'où la nostalgie d'infini que Dieu a mis dans le monde intérieur de chacun, comme un sceau divin.
Extraits [De nouvelles vocations pour une nouvelle Europe - Document final du Congrès européen sur les vocations au sacerdoce et à la vie consacrée en Europe, Rome, 5-10 mai 1997]