Serviteur du surnaturel
Pour faire du bien dans une oeuvre, il faut plonger jusqu'au cou dans le surnaturel ceux qui en font partie; essentiellement: prière confession, communion.
Surnaturellement, quel est le tout premier habitant de ma famille, de ma paroisse, de ma société, de l'univers ?... Jésus au Saint Sacrement, Maître de la maison, personne vivante et agissante à qui il faut s'adresser à toute heure du jour.
Quand on recoit la visite d'une personne respectable, on lui laisse une part dans la conversation, on lui parle de sa famille. Parlons-lui de son Père, du Saint-Esprit, de sa Mère, de ses anges, de ses saints, en un mot de sa famille du ciel. Il faut aussi lui parler de sa famille de la terre, de l'Église, des pauvres, des éprouvés, des pécheurs. Nous lui parlerons de nous en dernier lieu.
Rien ne parle de Jésus-Eucharistie aux sens de l'homme. La foi seule le trouve. Au prêtre (et à vous l'apôtre) de dissiper ces ténèbres. Jésus compte sur les hommes seuls pour le faire sortir de son obscurité, par leur amour, par le culte de l'Eucharistie. Ce qui fait briller la divine hostie de reflets divins, ce ne sont ni les rayons de l'ostensoir, ni les cierges, ni les fleurs: ce sont les coeurs fidèles nombreux et brûlants !
Quelle plénitude de grâces dans l'Eucharistie qui est tout à la fois sacrifice, communion et présence.
Dieu nous a donné son Fils unique pour qu'il prit notre nature, pour qu'il rachetât le monde par le sacrifice de son sang, mais est-ce tout ? Non ! Dieu a poussé l'amour envers nous au point de nous le donner dans la sainte Eucharistie... O Jésus Eucharistie, je vous adore, je vous contemple comme celui de qui découle tout bien parfait !
En se servant du pain pour la matière du sacrifice eucharistique et en s'appelant pain, Jésus n'a pas agi sans motif. Il a voulu nous montrer qu'il demandait (qu'existât) entre nous, chrétiens, cette union intime qu'il y a entre la farine et plusieurs grains de blé réunis pour faire un seul morceau de pain. Et en qui doit se faire cette union ? En Jésus-Christ qui est le pain réunissant les dîfférents grains de blé!
Quelle est cette adoration parfaite si ce n'est l'adoration de Jésus-Eucharistie ? Et cette adoration est entre nos mains. Nous pouvons nous approprier l'adoration de Jésus au tabernacle et l'offrir à son Père qui l'agréera toujours. C'est surtout au moment de la sainte communion, à ce moment-là, que nous pouvons adorer Dieu le Père en esprit et en vérité car, alors, c'est vraiment Jésus qui adore en nous et pour nous.
N'entendez-vous pas au-dessus de chaque tabernacle Dieu le Père redisant d'une manière cachée mais cependant réelle ces paroles du baptême: "Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances" ?
Voilà ce que Dieu demande par-dessus tout: que nous croyions fermement en Jésus-Hostie qui est vraiment celui que Dieu le Père nous envoie, et tous les jours, et à chaque heure du jour, et partout à la fois !... Donc, foi théorique, mais ce n'est pas suffisant: il faut, de plus, une foi pratique.
Rien ne résiste à l'impétuosité d'un fleuve, même pas les arbres les plus enracinés. De même, si nous voulons être des convertisseurs, si nous voulons tout entraîner vers Jésus, soyons des saints, ayons la foi, cette foi accompagnée de charité dont parle saint Jean. Un saint fait un saint. Il y a des âmes qui ne se sauveront que si nous sommes des saints. Soyons donc des saints et, Dieu étant avec nous, nous aurons nos exemples pour entraîner les autres ; nous aurons l'éloquence, la persuasion de l'Esprit d'amour qui viendra en nous, nous aurons une prière toute-puissante, celle de Jésus-Eucharistie qui demeurera en nous. Nous serons tout-puissants sur le coeur de Dieu !
Quel est le prêtre ayant charge d'âmes qui n'a pas à se répéter au fond de son coeur ces paroles de notre Sauveur : "J'ai d'autres brebis encore, qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi je dois les conduire." Quelle tristesse pour le coeur du bon prêtre de voir que le nombre de ces pauvres brebis égarées est si considérable! Et il peut toujours craindre, même pour les brebis fidèles! En face des égarements des pécheurs, ma vie sera - quoi qu'il puisse m'en, coûter - une vie de prière, de sacrifice, de dévouement, vie qui - s'il le faut sera couronnée par le martyre. J'accepte tout, mais "celles-là aussi je dois les conduire".
Quel est l'ami de l'Époux ? C'est sans doute tout chrétien, mais avant tout le prêtre. C'est le prêtre en effet qui, plus que tous les autres, doit se tenir debout devant le tabernacle de son Dieu. Il doit être le garde du corps du Dieu de l'Eucharistie ! Et que fait-il en face du tabernacle ? Il écoute son Dieu, il écoute les ordres, il écoute les conseils, il va prendre les conseils du Sauveur pour la conduite à tenir près des âmes. Silence de Jésus dans l'Eucharistie, que vous êtes éloquent!
[d'après des citations de Georges Bellanger prêtre 1861-1902]